Par Penny Dockrill, directrice des ressources humaines et de la culture
Après plus de 20 ans en ressources humaines, une chose est devenue très claire pour moi :
la santé mentale au travail ne peut pas être laissée à une seule équipe, un·e seul·e leader ou un seul programme. Elle doit être partagée.
Durant le Mois de la santé mentale, tout le monde publie du contenu. On met souvent en lumière de nouveaux outils, programmes ou initiatives — et ne vous méprenez pas, cela a absolument de l’importance.
Mais ce qui façonne réellement la santé mentale au quotidien, c’est la façon dont le travail se fait concrètement :
- Les attentes que nous établissons
- Les limites que nous respectons (ou non)
- Et la manière dont nous sommes présent·e·s les un·e·s pour les autres lorsque les choses deviennent difficiles
Le rôle essentiel du leadership
Du haut vers le bas, les leaders jouent un rôle déterminant.
Le ton qu’iels donnent, par leurs paroles, leurs actions et leurs décisions, crée une permission… ou ne la crée pas du tout.
Une permission de :
- S’exprimer tôt
- Demander de l’aide
- Se déconnecter lorsque nécessaire
- Être une personne, au-delà du rôle professionnel
Lorsque les leaders modélisent des comportements sains, comme établir des limites réalistes, gérer des charges de travail raisonnables, prendre des vacances sans consulter leurs courriels ou avoir des conversations honnêtes, iels envoient un message fort :
Il n’est pas nécessaire d’aller mal pour être soutenu·e.
En parallèle, la responsabilisation du leadership implique aussi de faire des choix réfléchis en matière de priorités, de capacité et de rythme de travail.
La santé mentale n’est pas soutenue lorsque :
- « Tout est urgent »
- Les charges de travail augmentent sans discussion
- La flexibilité existe sur papier, mais pas dans la réalité
Se soucier de la santé mentale signifie parfois prendre des décisions difficiles : dire non quand on aimerait dire oui, et éviter d’ajouter « une chose de plus ».
Le rôle des employé·e·s
Du bas vers le haut, les employé·e·s ont également un rôle à jouer.
La responsabilité partagée ne signifie pas tout porter seul·e, mais plutôt :
- Être honnête quant à ce qui est gérable
- Exprimer ses préoccupations plus tôt plutôt que tard
- Utiliser les ressources disponibles
En ressources humaines, nous voyons souvent des personnes attendre d’être épuisées, dépassées ou à bout avant de demander de l’aide. À ce stade, les options semblent plus limitées.
Demander de l’aide tôt n’est pas un échec.
C’est un acte de conscience de soi et de professionnalisme.
Et cela donne à tout le monde plus de marge pour trouver des solutions ensemble.
Les gestionnaires doivent, de leur côté, rester ouvert·e·s à ces conversations, en reconnaissant que :
- Tout le monde ne travaille pas au même rythme
- Tout le monde ne fonctionne pas de la même façon
- Et tout le monde ne peut (ni ne devrait) faire des heures supplémentaires de la même manière
Le rôle des ressources humaines
Les ressources humaines se situent au cœur de cet équilibre.
Nous ne sommes pas des thérapeutes et nous ne pouvons pas tout résoudre. Mais nous sommes là pour :
- Mettre les gens en lien avec les ressources
- Accompagner les conversations difficiles
- Soutenir leaders et employé·e·s dans des situations complexes
Ici aussi, la clarté des limites est essentielle.
Lorsque les attentes envers les employé·e·s, les leaders et les RH sont réalistes, les équipes RH sont mieux en mesure d’exercer leur rôle efficacement.inably.
Là où responsabilité et compassion se rencontrent
Ce que j’ai appris au fil des années, c’est que :
la santé mentale au travail s’épanouit là où la responsabilité et la compassion coexistent.
Cela se manifeste dans des milieux où :
- Les personnes se sentent vues et respectées
- Les attentes sont claires et réalistes
- Les limites sont comprises et respectées
- Le soutien est offert tôt
- Et la responsabilité est partagée
Au-delà des initiatives
La santé mentale n’est pas une initiative ponctuelle ni un seul mois dans l’année.
C’est une pratique collective et continue.
Elle peut être exigeante. Parfois, elle peut sembler lourde.
Mais elle se construit dans les moments du quotidien :
- Dans les échanges
- Dans la planification du travail
- Dans la manière de réagir lorsque quelqu’un vit des difficultés
Elle se renforce par la confiance, et se maintient lorsque chacun·e joue son rôle.
Un milieu de travail où chacun·e peut donner le meilleur
Lorsque nous y parvenons, le travail devient plus qu’un simple lieu où l’on se présente.
Il devient un espace où les personnes sont :
- Respecté·e·s
- Valorisé·e·s
- Soutenu·e·s
Et où chacun·e peut contribuer pleinement, en donnant le meilleur de soi de manière durable.