Avertissement de contenu : Ce billet aborde le suicide, l’automutilation et les crises de santé mentale, y compris des descriptions pouvant être éprouvantes. Prenez soin de vous pendant la lecture. Si vous avez besoin de soutien, appelez ou textez 9-8-8 en tout temps. En cas d’urgence, rendez-vous au service des urgences le plus proche ou composez le 9-1-1.
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2 h du matin. Un corridor sombre avec une lumière fluorescente vacillante. C’est plus calme que lorsque je suis arrivé·e il y a 12 heures, en suivant l’ambulance. Je n’ai pas vu ma fille depuis des heures; on m’a permis de lui apporter du jus plus tôt. Nous avons pleuré ensemble dans la pièce grise à la porte métallique, puis j’ai dû attendre à nouveau à l’extérieur.
C’est la deuxième tentative de suicide en six semaines. Il n’y a pas un centimètre de ses bras et de ses jambes qui ne soit couvert de coupures en voie de cicatrisation ou récentes. Et maintenant, il y a ces mots qu’elle s’est gravés, annonçant que sa vie devient chaque jour plus précaire. La psychiatre de garde me trouve sur une chaise en plastique devant l’unité; chaque cellule de mon corps tend vers la petite pièce où mon cœur retient son souffle.
Je sais qu’elle essaie d’aider. Je sais qu’elle veut rassurer. Elle s’assoit, lumineuse dans la lumière terne, son sourire bienveillant. « Vous faites tout ce qu’il faut », dit-elle.
« Alors pourquoi suis-je ici? »
Nous avons un rendez-vous avec un·e psychiatre; la liste d’attente est de neuf mois. D’ici là, si nous y arrivons, je dois la maintenir en vie. Je ne suis plus une maman, je suis devenu·e gardien·ne de prison. Mon enfant ne dort pas seul·e; elle n’a pas le droit d’aller aux toilettes ni de prendre une douche avec la porte complètement fermée. Je m’assois par terre à l’extérieur, tendant l’oreille au bruit de la douche pour guetter le cliquetis du métal. Je fouille sa chambre régulièrement; plus rien n’est innocent, ma voiture cliquette de taille-crayons, de ciseaux de bricolage, de couteaux de cuisine, de tout objet potentiellement dangereux que je peux trouver.
Nous faisons partie des chanceux·ses. Dix ans plus tard, ma fille vit un rétablissement et bâtit sa carrière. Elle a obtenu l’aide dont elle avait besoin, elle a confié l’agression traumatisante qui l’a menée au bord du gouffre et, en famille, nous continuons de travailler avec des professionnel·le·s et des services de santé. Un message texte disant « je passe une mauvaise journée » me noue encore l’estomac, mais elle a développé des stratégies d’adaptation et de la résilience, et elle est bien entourée. Elle est revenue cette étincelle délicieuse qu’elle avait en elle, disparue si longtemps, que je croyais perdue à jamais. Elle fait des projets d’avenir.
La famille de Jack Windeler n’a pas eu cette chance. La perte de Jack par suicide le 26 mars 2010 n’est tragiquement pas une situation unique au Canada, où le suicide est la deuxième cause de décès chez les jeunes. Mais ce que le père de Jack, Eric, a créé à partir de son chagrin béant est unique. Jack.org a aidé des centaines de milliers de jeunes et de jeunes adultes partout au Canada au cours des seize dernières années, en offrant de l’éducation, des ressources et surtout une communauté porteuse d’espoir. Eric Windeler a changé et, sans aucun doute, sauvé des vies de jeunes; il a donné aux enseignant·e·s et aux proches aidant·e·s des outils et des ressources qui les ont aidé·e·s à se sentir plus en confiance pour créer des liens et parler de santé mentale avec les jeunes.
En nous souvenant d’Eric après son récent décès, nous soulignons sa contribution incommensurable à la santé mentale des jeunes en hommage à son fils bien-aimé. Face à une perte sous laquelle tant de personnes s’effondreraient, Eric a bâti une organisation positive, compatissante et proactive, reconnue partout au pays comme un lieu qui place le bien-être des jeunes au cœur de tout ce qu’elle fait. En tant que parent et professionnelle œuvrant chaque jour pour de meilleurs programmes et services en santé mentale pour les jeunes, mon vœu le plus cher pour Eric est qu’il soit à nouveau auprès de Jack et qu’ils sachent tous deux la différence que l’histoire de leur famille a faite — et continuera de faire.